RETOUR - MAINTENIR - SEANCE #11 « INERTES MAIS SOUS SURVEILLANCE – FRAGILES BETONS »
le 01/04/2026
Le béton armé était l'objet de toutes les attentions pour cette 11e séance. Derrière la promesse de solidité et de pérennité d’un matériau dont on croyait tout connaître, les récits d’intervention sur les ouvrages donnent à voir un matériau complexe dont la durabilité pose problème.
𝗧𝗿𝗮𝗷𝗲𝗰𝘁𝗼𝗶𝗿𝗲𝘀 𝘀𝗶𝗻𝗴𝘂𝗹𝗶𝗲̀𝗿𝗲𝘀. Malgré son aspect monolithique, cet alliage de ciment, d’agrégats et d’armatures aciers n’est ni éternel ni universel. On reproche au matériau d’être hors-sol, mais paradoxalement les formes de dégradation qui se manifestent décrivent des trajectoires différenciées : les bâtiments se particularisent au cours du temps, et le matériau évolue en fonction de sa composition, de sa mise en œuvre, de son milieu et de ses usages. Les fragilités qui apparaissent échappent à toutes les modélisations fondées sur l’arsenal normatif qui a accompagné l’essor du béton, et redéployent les formes d’expertise.
𝗠𝗮𝘁𝗶𝗲̀𝗿𝗲 𝗮̀ 𝗰𝗼𝗻𝗻𝗮𝗶𝘀𝘀𝗮𝗻𝗰𝗲𝘀. « Quand on a une mission de maîtrise d’œuvre, on n'a pas une mission de faire une thèse sur un bâtiment ! ». Pour restaurer, architectes et ingénieurs se lancent dans une véritable enquête. Ils doivent revenir aux étapes de fabrication, explorer les archives, reconstituer les formes d’attachement qui se sont nouées au plus près du bâtiment. Les manières d’ausculter sont multiples, exploratoires et risquées : carottages, essais d’arrachement, piquage, ferroscans, tests sur site et hors site, cartographie… Au-delà du seul horizon de l'intervention, ces opérations, qui réunissent cordistes, experts de laboratoire, MOE et mainteneurs, sont l'occasion de renouveler la connaissance du bâtiment et de ces processus de transformation.
𝗠𝗮𝘁𝗶𝗲̀𝗿𝗲 𝗮̀ 𝗳𝗮𝗶𝗿𝗲 𝗱𝘂𝗿𝗲𝗿. Les opérations sont parfois destructrices et bruyantes. Comme en médecine opératoire, toute intervention produit une altération. Faut-il conserver la matière à tout prix ? Donner à voir le remplacement ? Réparer selon quel procédé ? À travers les choix qui s’opèrent et les préoccupations qu’elle soulève, la pérennisation des ouvrages en béton armé révèle les dépendances croisées entre les occupants et le bâtiment.
Un grand merci à nos deux intervenants, Christophe Batard, ACMH (agence 2BDM Architectes), et Raphaël Royer-de-Vericourt, ingénieur et architecte (TESS atelier d'ingénierie), pour cette matière à récits très riche, et à notre discutant, Martin Denoun (Université de Liège) pour mettre en perspective la portée de ces retours d’expérience.
Rdv pour la 12e séance « Du soin des personnes au soin des choses : l’hôpital, modèles d’attention » et sur le site du séminaire pour suivre nos travaux : https://lnkd.in/eP8k2vub
Jérôme Denis SCAU
📷Luc Delamain