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Archives de l'auteur : Maxime Barbier
Grizzly Bear
Dès la partition de « Yellow House » en 2006, Grizzly Bear a placé la barre très haut. Depuis, le quatuor à su maintenir un niveau de créativité hors du commun tant il sait remettre en question ces acquis et se tourne insatiablement vers l’inconnu.
« Shields » est un album plein de surprises que l’on découvre à chaque écoute. Régulièrement soumis à des contre-pieds, les compositions dévoilent sans cesse d’infini subtilités, des sons par touches, délicatement superposées et juxtaposées. Un univers qui se déplie petit à petit au rythme d’un imaginaire riche, à l’image d’un kaléidoscope sonore.
« Shields » est un album de grande facture qui réunit maturité, inspiration, exploration, générosité, risque et délicatesse.
Un album magistral.
Cheek Mountain Thief
Bienvenue au nouveau-né surdoué du monde folk pop: Cheek Mountain Thief est un album optimiste, lumineux et merveilleusement bricolé.
Les chansons de ce voyage à travers le temps libèrent des sons subtils qui dessinent des mélodies toutes plus magnétiques les unes que les autres. Avec la grâce et la légèreté que l’on doit aux virtuoses, ou aux enfants, percussions, cuivres, cordes, claviers et voix s’entremêlent divinement et semblent s’accorder à produire du joli. Une fraîcheur que l’on fredonne à la première écoute.
Fermez les yeux et vous verrez les lacs, les montagnes, les volcans, les indiens, les rivières de saumons, la nature brute et belle aux quatre saisons.
The XX
Essai transformé.
Pari réussi, pour le trio the XX.
Suite à leur premier Grand album, le groupe livre à nouveau une musique d’une profondeur désarmante. Encore plus dense. Plus riche.
Plus pleine.
Bien sûr, on ne sent plus la fraîcheur et l’envol de la découverte, mais the XX parvient à assoir son style avec une grande maturité et à approfondir son univers.
Un univers mélancolique, noir, doux, érotique, dépouillé.
La pochette? Un zoom de celle de Alt-J, dans une croix!
Coïncidence?…
Un album plus rythmé que le précédent.
+ club
+ dubstep,
+ techno,
+ house,
+ x,
+xx.
Plan B
Cela fait bien dix ans qu’un album hip-hop de cette trempe n’avait pas vu le jour. Même si celui-ci s’est plutôt écrit dans le noir. Du côté sombre de la banlieue de Benjamin Paul Ballance Drew, alias Plan B, avec ce qu’il faut de drogue, de sexe et de violence. Sur cet opus, les compositions s’enchaînent de façon brute, implacable, et le frisson n’est jamais bien loin. Boosté par une production sans faille, le rappeur offre un album net, poignant et inspiré.
Pas besoin de plan B…
Exitmusic
Intense, puissant et majestueux, le premier album d’Exitmusic ressemble à un tunnel (« Passage ») dont on perçoit la lumière du fond sans cesse reculer à mesure de notre progression. Caressante ou stridente, la voix sublime d’Aleksa Palladino nous transperce, telle une sirène (aux deux sens du terme), entre langueur et rage. Au coeur de refrains plaintifs, elle offre une voi(e)x en apesanteur, qui va du chuchotement à la tempête absolue. La guitare abrasive et l’électronique offensive intensifient le lyrisme qui imprègne la totalité de l’album.
Envoûtant.
Chromatics
Kill For Love »… Chiche?
L’album de Chromatics est d’une splendide retenue.
Tout en lenteur, les morceaux se déploient avec une grâce qui fait du bien dans l’univers électro actuel. Chacun de ces morceaux semble ne manquer de rien. D’être sous-pesés. Au millimètre. Chaque note compte. Chaque silence aussi. L’univers de l’album, nourrit d’innombrables sources, offre une musique d’une belle noirceur. Profonde sous l’apparente légèreté. Divinement profonde (à écouter au casque). Qui, une fois dans vos veines, ne vous quittera plus. Pour votre plus grand plaisir.
Très belle pochette
Lao Lane Xang
Sans doute le meilleur restaurant d’Asie du sud-est de Paris. D’une fraîcheur irréprochable et d’une constance remarquable, Lao Lane Xang propose une cuisine délicieuse dans un cadre confortable et lumineux au service redoutablement efficace.
Absolument tout est bon!
La douceur des prix est une raison de plus pour y aller.
ALT-J, le son des Bermudes
Décidément, l’année 2012 est riche de talents hors du commun. ALT-J (raccourci clavier du triangle, forme multi symbolique) offre un premier album, comment dire… de toute beauté. Une des œuvres majeures de cette année, qui comptera peut-être parmi les albums marquants de la décennie.
Absolument toutes les chansons de cet album, qui rebat les cartes de l’univers pop rock folk, sont splendides, magiques et abouties. « An Awesome Wave » ne ressemble à rien de formellement identifiable. Lorsqu’on croit tenir une piste, la chanson suivante fait volte face. Les guitares pleines de reverb se font acoustiques, les beats hip-hop syncopés laissent place à des percussions presque tribales. C’est une musique sinueuse, imprévisible, à la sensualité parfois troublante.
Et puis… et puis il y a la voix de Joe qui vient d’ailleurs. Nasillarde, abrasive ou soyeuse, secondée par celle de Gus, qui cimentent les treize morceaux de cet album à la production époustouflante.
« Intro » ouvre la danse de façon élégante, soignée et délicate. Happé par les incantations du chanteur, on mesure vite le poids de l’œuvre.
« Tessellate » dévoile l’amplitude du savoir-faire de ces quatre très jeunes garçons et leur maîtrise de format inédit en terme de structure et de rythmique.
« Breezeblocks » nous emmène sur une autre planète dont on découvre les contours à chaque seconde, jusqu’à la fin, sans savoir ce qu’il s’est vraiment passé.
« Something Good » est un ovni musical d’une puissance et d’une beauté rare. Quel talent pour sortir ça! Que dire d’autre? Si ce n’est cette habileté à croiser les univers et le respect qu’elle inspire.
La douceur de « Matilda » nous prend aux tripes et déroule un morceau qui pourrait déjà faire partie du palmarès des chansons « universelles » tandis que « Bloodflood » est une ballade poétique et sensuelle.
Pour l’illustration de la pochette, on peut y voir plusieurs choses. Une arborescence, des rhizomes, les méandres infinis d’un fleuve, les chemins tortueux de la créativité, un système veineux, de l’eau et du ciel, le spectre chromatique de la lumière, la rencontre de différentes sources… Autant de métaphores aux cycles de vie, aux chemins de la connaissance de soi et des autres, à la quête absolue de sérénité.
BONNE FÊTE de la MUSIQUE! Poliça
Intriguant, répétitif, d’une apparente futilité, mais entier. Le premier album « Give You The Ghost » de Poliça sème le doute. Quand il y a doute…
Aux premières écoutes, certaines consonances 80′s surprennent, tant dans la voix que du côté instrumental. Et puis il y a cette teinte qui imbibe l’album tout entier. Le sentiment d’écouter un opus pensé comme un tout cohérent, une œuvre globale. D’abord grâce à des structures musicales qui s’éloignent des modèles pop habituels et des formats classiques, au delà des genres. Puis le timbre cristallin de la voix hypnotique de Leaneagh, dopé à l’Auto Tune, en échos permanent. Un flux vaporeux constamment démultiplié et reverbéré sur des lignes de batteries brutes (deux batteurs, une basse et un ordinateur dans le studio d’enregistrement).
« I see my Mother » annonce d’emblée le potentiel du projet. « Violent Games » enfonce le clou et « Dark Star » se déploie dans une rythmique crecendo, élégante et entêtante. « Form » assène un petit air innocent très 80, raccroché à notre époque de façon très maligne. « Wandering Star » nous propulse derrière une rythmique quasi minimale et toujours cette atmosphère de flottement, haut perché. De brouillard cotonneux.
Derrière une apparente légèreté qui peut indiférer dans un premier temps, l’album de Poliça est un objet conçu avec une grande liberté et impose en profondeur son identité.
Lower Dens
Comme Beach House, Lower Dens s’en prend directement à nos rêves.
« Nootropics », album riche et très personnel, chante les désirs et les peurs de l’Homme sur des airs vaporeux. Musicienne mais aussi philosophe donc, Jana Hunter propose de regarder l’Histoire humaine et d’analyser ses schémas, pour que nous puissions passer à sa prochaine étape le plus aisément possible… De sa voix androgyne, elle offre une partition psychédélique aux envolées parfois planantes et explore de nouvelles sonorités. Le très beau « Brains », dont la rythmique rappelle curieusement la fin de « The Rip » de Portishead, nous transporte à grande vitesse. Ce morceau parle de notre relation à la technologie, ces bénéfices, mais aussi ces déroutes. « Propagation », plus lancinant, réverbéré, aux voix fantomatiques, décrit l’homme qui a toujours été mené en toute chose par son désir de préserver et d’étendre son espèce. La procréation et l’éducation des enfants comme point central de l’espèce humaine, alors que « Lamb » imagine l’obscurité et la solitude d’une vie éternelle.
Tout un programme!
Faux semblants
Au sein de leurs derniers opus signés sensiblement au même moment, Revolver et Real Estate accouchent respectivement de morceaux jumeaux pour le moins proches, qui sonnent comme un air de résonance.
À bon entendeur…
Cobéa
Pour ceux qui veulent se dégourdir les papilles, allez chez Cobéa. Ce restaurant offre une cuisine contemporaine et créative. Dans un cadre confortable, où la lumière et l’acoustique n’ont pas été ignorées, le chef propose des plats vifs, aux saveurs marquées et d’une belle élégance. On retrouve néanmoins un style qui marquera sans doute cette décennie et qui commence à être un peu récurrent. A savoir un menu gastronomique décliné en petits plats, très graphique mais souvent sur les mêmes codes, des poudres, des graines, des condiments…comme l’émulsion était de rigueur dans les années 2000. On aimerait s’attarder sur une saveur, une texture, mais trop tard, c’est avalé et bientôt le tableau suivant nous est présenté.
Fraichement étoilée, adresse fortement recommandable et encore abordable.
Lost in the Trees
Le genre d’album que l’on aime tout de suite, et que l’on aimera longtemps. L’œuvre protéiforme de Lost in the Trees, dans l’ombre de Sufjan Stevens, se ballade entre symphonie classique et mélodies pop. Ecrit en hommage de la mère de l’artiste qui s’est suicidée, et dont le portrait illustre la pochette, « A Church That Fits Our Needs » n’est pas triste pour autant. Il décrit un univers d’une belle intensité, grave parfois, où l’on croirait parfois entendre Thom Yorke chanter sur Philip Glass. A chacun de rêver le film dont ces compositions inspirent images, plans, séquences, mouvements, atmosphères, personnages et histoires. Au fil des écoutes successives, ce folk impressionniste s’ouvre et dévoile toute son ampleur. Un disque plein. Thanks to DZ.


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